Pourquoi le Vedanta critique le néo-advaita

POURQUOI LE VEDANTA CRITIQUE LE NÉO-ADVAITA

Cette semaine, une discussion très intéressante a eu lieu avec un membre de la Sangha suite à quelques blagues que j’ai faites sur les “néos”. Et cette discussion m’a fait réfléchir bien plus profondément que prévu. Autant sur l’humour et le fait de “piquer” certains enseignements que sur le rôle réel d’un enseignant du Vedanta.

Tout d’abord, il est important de rappeler les règles du jeu : le Vedanta enseigne non pas par accumulation de connaissances mais bien par correction et annulation de l’ignorance. Il rectifie et affine la compréhension de ce que nous sommes et, de ce fait, ôte notre ignorance.

D’où viennent ces idées erronées de la réalité que nous avons assimilées au cours des années ? En grande partie d’autres courants, religions, philosophies, etc. Le Vedanta utilise le contraste avec ces derniers afin de corriger le tir et ce depuis la fin des temps.

C’est là que l’on retrouve le néo-advaita. Il a une place particulière par rapport au Vedanta car il déclare lui aussi la réalité comme non-duelle et il emprunte en partie son vocabulaire et certaines de ses déclarations clés. « Tu es cela » par exemple vient des Upanishads qui font partie du corpus scriptuaire du Vedanta. 

Le néo-advaita lui est donc très proche mais, comme il lui manque la structure complète du pramana (outil de connaissance), il installe inévitablement de la confusion dans l’esprit du chercheur. Le Vedanta va alors se servir de ces  enseignements incomplets afin d’offrir une vision complète et stable de la réalité.

Dans ma Sangha, la majorité des membres ont étudié auprès de ces enseignants néo-advaitins. Cela fait partie du chemin, j’y suis passée aussi avant de découvrir le Vedanta. Pour certains, une relation s’est créée. Et cela se traduit parfois en une sympathie particulière, en un attachement ou en une loyauté. 

Et c’est là que la tension naît, lorsque je pointe du doigt avec ironie les déclarations de ces enseignants non qualifiés du point de vue du Vedanta traditionnel.

Est-ce que je suis une peau de vache ? Une enseignante gonflée à bloc qui s’y croit un peu trop ? Non, rien de tout ça. Au contraire, les enseignants du Vedanta pointent les néos depuis des siècles, je suis loin d’être une originale.

Swami Chinmayananda disait par exemple : « Une piqûre de moustique et adieu ton samadhi » et « Tu dis que le monde est une illusion jusqu’à ce qu’arrive l’inspecteur des impôts ». Il était provocateur, sarcastique et théâtral avec zéro patience pour les pseudo-spiritualités.

Swami Dayananda était moins ardent, mais parfois très moqueur et toujours tranchant comme une lame de rasoir. Il disait : « S’il n’y a rien à faire, pourquoi es-tu en train de parler ? » ou encore « Tu dis qu’il n’y a pas de monde, alors ne mange plus ». Une de mes préférées : « Ils disent ‘Je suis Brahman’ comme des perroquets. Mais quand l’insulte arrive, Brahman pleure ».

James Swartz, mon propre maître, est bien plus virulent. Il a étudié auprès de ces deux swamis et cela fait maintenant 56 ans qu’il enseigne le Vedanta sans langue de bois. Avec lui, c’est le sarcasme, la frontalité et l’ironie sèche. Voici quelques perles : « Aujourd’hui, quiconque avec une chaîne YouTube et une expérience mystique devient un enseignant non-duel », « Ils disent qu’il n’y a pas d’ego. Puis ils sont stressés parce que personne ne vient à leur retraite », « Le néo-advaita est un anarchisme spirituel sans l’intelligence pour le soutenir ».

En clair, les enseignants du Vedanta sont impitoyables avec la confusion, mais chacun dans son style. Notre travail est de rétablir la vérité, même quand c’est inconfortable, plutôt que de laisser l’ignorance s’installer sous couvert de politesse.

Nous protégeons la tradition du pramana (le moyen de connaissance) dont la critique, outil essentiel de discrimination, fait partie. Cette méthode a même un nom : pūrvapakṣa-siddhānta, c’est-à-dire présenter la thèse adverse pour la réfuter, afin d’établir ensuite sa propre conclusion. 

Le Vedanta n’est d’ailleurs pas un job lucratif car il annonce souvent des mauvaises nouvelles. Il n’est pas populaire non plus car il n’évite pas les faits inconfortables. Oui, il y a un travail à faire pour se libérer et non, des expériences mystiques ne font pas de toi quelqu’un de spécial ni d’illuminé. Pour ne citer que cela.

C’est pourquoi il s’adresse à des chercheurs mûrs capables de faire la différence entre des attaques personnelles (là où on cherche à en tirer quelque chose) et des critiques impersonnelles. Puis surtout, ces chercheurs doivent être prêts à abandonner leurs attachements émotionnels à une idée ou à une personne en particulier. Moi y compris.

Si le moment est venu pour toi, rejoins-nous dans la Sangha.

https://vedantafrancais.com/sangha-vedanta/

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