L’autre jour, une personne m’a posé plusieurs questions, notamment concernant ma lignée.
Juste au cas où (il y a de grandes chances que tu le saches déjà), une lignée est comparable à un héritage vivant. Il s’agit d’une transmission de maître à maître, qui conserve le même enseignement, la même méthode et le même angle de compréhension au fil des générations.
En clair, ce que cette personne cherchait à savoir était simple : d’où je venais spirituellement parlant, qui m’avait enseigné, et si je respectais cet enseignement.
Dans la tradition, une lignée, c’est important. C’est ce qui fait la différence entre ceux qui ont vécu une épiphanie et/ou une expérience mystique et qui enseignent depuis là, et ceux qui ont reçu un enseignement (malheureusement pas toujours structuré). En clair, tu as les électrons libres et ceux qui ont été suffisamment intelligents pour aller écouter quelqu’un d’autre qu’eux-mêmes.
Une lignée, c’est aussi une affaire de respect, de gratitude, d’amour et de dévotion envers celui ou celle qui a transmis ce qui libère réellement. Pas une dévotion aveugle ou infantilisante, mais une reconnaissance lucide de ce qui a été reçu.
Note #1 : méfie-toi des enseignants spirituels qui ne mentionnent jamais aucune source d’apprentissage. Tous ont appris quelque chose de quelqu’un, même de loin. Si ce n’est pas auprès d’un maître vivant, ils auront au moins lu quelques bouquins. S’ils ne citent pas leurs sources, c’est qu’ils sont encore à courir pour la gloire. Ils veulent être reconnus pour eux-mêmes, et non comme « l’élève de », ça ferait tache…
Dans la tradition védantine, le maître qui libère est appelé guru. Guru est un mot sanskrit sacré, qui désigne celui qui dissipe l’ignorance et permet la réalisation de moksa, la libération. Le guru n’est pas une personne spéciale ou supérieure : il est l’instrument par lequel Dieu, Isvara, transmet la connaissance. À un moment donné, le divin est bien obligé de passer par la matière pour enseigner, et cela prend la forme d’un être humain bien concret.
On peut avoir plusieurs maîtres au cours de sa vie mais un seul guru : celui par lequel la compréhension libératrice s’est produite. Après la réalisation, la dévotion n’est ni forcée ni théâtrale. Elle est naturelle, joyeuse et profonde. Le cadeau reçu est tout simplement inestimable.
Note #2 : comprends qu’un « guru » auprès duquel tu te sens mal, oppressé, obligé de faire x ou y, où tu sens que tu ne peux pas aller contre lui, le contrarier, lui poser certaines questions « dérangeantes », ou tout simplement t’exprimer librement sous peur de rejet ou de représailles, n’est pas à honorer. Tu es devant un maître (pas un guru) qui se sert de sa posture pour combler un besoin de reconnaissance et/ou de domination.
Dans la tradition védantine, il n’y a pas de hiérarchie. La relation maître-disciple est saine et amicale. Elle est verticale (autorité) uniquement lorsqu’il s’agit de la transmission, pas dans les rapports humains.
Quant à moi… Où je me situe dans tout ça ?
James Swartz, dit Ramji, est mon guru. Il tient donc une place très particulière dans mon coeur. J’ai eu d’autres maîtres avant lui et je continue de me nourrir auprès d’autres maîtres depuis. Le guru de James est Swami Chinmayananda. Il a aussi eu de nombreux autres maîtres dont Swami Paramarthananda encore vivant. Cette lignée (James, Swami Chinmayananda, etc.) est strictement traditionnelle et remonte jusqu’à Shankara (grand nom du Vedanta du VIIIè siècle).
Pour finir, je dirais aussi qu’il est important de ne pas confondre la tradition (enseignement, méthode et corpus scriptuaire) avec les méthodes employées pour sa transmission : Shankara débattait sur la place publique, James et moi sur Youtube. Ce n’est pas parce qu’il s’agit d’un enseignement ancestral que la façon de l’enseigner doit l’être également.
Si tu apprécies une approche vivante, concrète, actuelle et rigoureuse du Vedanta traditionnel, en français, tu es au bon endroit. Et si, un jour, le moment est juste pour toi, la Sangha est ouverte.
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