Et si Dieu était aussi dans le pilier ?

Et si Dieu était aussi dans le pilier ?

« S’il est partout, pourquoi ne le vois-je pas dans ce pilier ? »

La question est posée par Hiranyakashipu à son fils Prahlada.

Hiranyakashipu est un roi asura puissant qui ne supporte pas que Prahlada voue une dévotion sans faille à Vishnu. Il a pourtant essayé de le raisonner, de l’intimider et même de le tuer. Rien n’y fait.

Prahlada continue d’affirmer que le Seigneur est partout.

Partout, vraiment ?

Hiranyakashipu lui montre alors un pilier de son palais.

« Est-il aussi là-dedans ? »

Puis il frappe le pilier.

Un rugissement terrible retentit et le pilier se brise. Vishnu en surgit sous la forme de Narasimha : ni homme ni animal, mais une forme extraordinaire, mi-homme, mi-lion.

Ce récit apparaît dans le Bhagavata Purana, au chant VII, chapitre 8.

On peut évidemment le lire comme l’histoire d’une foi absolue récompensée : Prahlada affirme que le Seigneur est partout et Vishnu se manifeste pour confirmer ses paroles et le protéger.

Mais le choix du pilier est particulièrement intéressant.

Hiranyakashipu ne désigne pas un temple, une statue ou un objet consacré. Il montre probablement ce qu’il considère comme la chose la plus banale, la plus inerte et la moins susceptible d’abriter une présence divine.

Un pilier.

C’est précisément là que Narasimha apparaît.

Attention cependant : l’enseignement n’est pas qu’un dieu miniature se cachait à l’intérieur du pilier en attendant le bon moment pour sortir. Isvara (Dieu) n’habite pas certains objets comme nous habitons un appartement.

Lorsque le Vedanta affirme qu’Isvara est présent partout, cela ne signifie pas qu’il serait dispersé en petits morceaux dans la création. Isvara est à la fois la cause intelligente et la cause matérielle de tout ce qui existe.

Prenons une poterie en terre cuite. Le pot peut avoir une forme particulière, une fonction et un nom. Mais quelle est sa réalité matérielle ? La terre.

Avant d’être un pot, c’était de la terre. Pendant que nous l’appelons « pot », c’est encore de la terre. Et lorsque sa forme disparaît, la terre ne disparaît pas avec elle.

Le pot n’est jamais séparé de sa cause matérielle.

De la même manière, rien dans cet univers ne peut être séparé d’Isvara. Pas seulement ce qui nous paraît beau, spirituel ou sacré. Le pilier aussi. La table de la cuisine aussi. Le corps qui vieillit, la personne qui nous agace et la situation que nous aurions volontiers rayée du programme aussi.

Nous aimons parfois chercher le sacré dans des lieux particuliers, à des moments choisis, de préférence lorsque l’ambiance est calme et que personne ne fait des travaux à l’étage.

Ces lieux et ces moments ont leur valeur. Ils peuvent aider l’esprit à devenir disponible, recueilli et attentif.

Mais Isvara ne commence pas à exister lorsque nous allumons une bougie.

Le lieu consacré ne crée pas la présence d’Isvara. Il nous aide à reconnaître une présence qui n’a jamais été absente.

Le pilier ne devient donc pas soudainement divin lorsque Narasimha en surgit. La manifestation rend visible ce que Prahlada avait compris et que son père refusait de voir : il n’existe aucun endroit où Isvara ne soit pas.

Cette compréhension ne consiste pas à plaquer une étiquette « sacré » sur tout ce qui nous entoure. Elle nous invite à examiner notre manière de diviser le monde entre ce qui mérite notre révérence et ce que nous pouvons traiter sans attention.

Si tout appartient à l’ordre d’Isvara, alors la spiritualité ne peut pas rester enfermée dans l’espace de la méditation, du temple ou du cours de Vedanta.

Elle doit aussi transformer notre manière de répondre à un message désagréable, de prendre soin du corps, de travailler, de parler aux autres et d’accueillir les résultats que nous n’avons pas choisis.

Le véritable défi n’est peut-être pas de trouver Dieu dans un lieu sacré.

C’est de reconnaître qu’Il n’était pas absent du pilier.

Et si tu souhaites approfondir cette vision d’Isvara et découvrir ce qu’elle change concrètement dans ta relation au monde, tu peux nous rejoindre dans la Sangha.

Nous y étudions le Vedanta pas à pas, dans un cadre vivant, structuré et fidèle à la tradition.

https://vedantafrancais.com/sangha-vedanta/


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