Chaque année, les habitants de Vraja préparaient un grand sacrifice en l’honneur d’Indra, la divinité de la pluie.
La logique semblait imparable : Indra commande aux nuages, la pluie nourrit les pâturages, les pâturages nourrissent les vaches, et les vaches font vivre la communauté. Mieux valait donc maintenir de bonnes relations avec le service météorologique céleste.
Mais cette année-là, Krishna intervint.
Il invita les habitants à honorer plutôt les vaches, les brahmanes et le mont Govardhana, cette montagne qui leur offrait concrètement ses pâturages, ses arbres, son eau et son abri.
Les habitants suivirent son conseil.
Et Indra le prit très mal.
Furieux de voir son culte abandonné, il ordonna aux nuages de déverser sur Vraja des pluies torrentielles. Le vent se leva, l’eau monta et les habitants, accompagnés de leurs troupeaux, cherchèrent refuge auprès de Krishna.
Celui-ci souleva alors le mont Govardhana d’une seule main et le tint au-dessus d’eux comme un immense parapluie. Pendant sept jours, tous restèrent à l’abri sous la montagne, jusqu’à ce qu’Indra reconnaisse son erreur et rappelle les nuages.
Ce récit apparaît dans le *Bhagavata Purana*, au chant X, chapitres 24 et 25.
Indra n’est pas incompétent. Il possède une fonction, un pouvoir et une responsabilité bien réels dans l’ordre du monde.
Le problème commence lorsqu’il confond la fonction qui lui a été confiée avec sa propre personne.
Il ne pense plus : « La pluie passe par moi dans l’ordre d’Ishvara. » Il pense : « C’est moi qui donne la pluie. On me doit donc reconnaissance et respect. »
Et lorsque cette reconnaissance lui est retirée, il déclenche une tempête.
Nous n’avons peut-être pas tous une armée de nuages dévastateurs à notre disposition, et c’est probablement une bonne chose. Mais le mécanisme nous est familier.
Tu aides quelqu’un, puis tu attends qu’il reconnaisse tout ce que tu as fait. Tu portes un projet, puis tu supportes difficilement qu’un autre en reçoive le mérite. Tu donnes un conseil, et lorsque personne ne le suit, une petite mousson intérieure commence à se former.
L’ego fonctionnel n’est pas le problème. Nous avons besoin de pouvoir dire « je fais », « je décide » ou « je suis responsable ». Sans cela, impossible de réserver un billet de train ou de répondre à un email.
La confusion apparaît lorsque ce « je » relatif s’attribue la maîtrise complète de l’action et de ses résultats.
Le Vedanta ne nie pas ta participation. Tu agis, tu choisis, tu fournis un effort et tu assumes tes responsabilités. Mais tu ne contrôles jamais seul le résultat.
Pour qu’une action aboutisse, elle dépend de ton corps, de tes capacités, de l’intervention d’autres personnes, des circonstances, des lois naturelles et d’une quantité impressionnante de facteurs que tu ne maîtrises pas.
Dans le karma yoga, cette réalité n’est pas vécue comme une mauvaise nouvelle. Elle devient une occasion de remettre l’action et son résultat à leur juste place dans l’ordre d’Ishvara.
Tu fais ce qui doit être fait du mieux que tu peux. Puis tu accueilles le résultat comme il vient, au lieu d’exiger qu’il confirme ta valeur, ton importance ou ton pouvoir.
Lorsque les habitants de Vraja se réfugient sous Govardhana, la pluie ne s’arrête pas immédiatement. La tempête continue, mais elle ne les atteint plus de la même manière.
Cette image est précieuse.
Se placer sous la protection de la compréhension ne signifie pas obtenir enfin une vie où personne ne nous contrarie, où chaque effort est reconnu et où tous les résultats correspondent à nos préférences.
Cela signifie ne plus dépendre entièrement de ces résultats pour savoir qui nous sommes.
L’ego fait pleuvoir lorsqu’il exige que le monde confirme son statut d’auteur et de maître.
La connaissance, elle, nous rappelle que nous participons à l’ordre du monde sans jamais en être le centre.
Et curieusement, lorsque nous cessons de vouloir contrôler le ciel, nous devenons beaucoup plus disponibles pour accomplir ce qui dépend réellement de nous.
Si tu souhaites approfondir cette compréhension du karma yoga et apprendre à agir sans faire dépendre ta paix de chaque résultat, tu peux nous rejoindre dans la Sangha.
Nous y étudions le Vedanta pas à pas, dans un cadre vivant, structuré et fidèle à la tradition.
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