Une question posée dans ma communauté m’avait beaucoup intéressée : si le Soi est libre et non concerné par les événements, pourquoi ne pas simplement poursuivre tous mes désirs ? Après tout, qu’est-ce que cela pourrait changer à la conscience que je suis ?
La question est légitime. Mais elle mélange deux points de vue. Le Soi n’est pas transformé par les expériences. L’individu, lui, agit dans un monde où ses choix ont des conséquences. Passer du premier constat à « je peux faire n’importe quoi » revient à utiliser la non-dualité pour effacer la responsabilité.
Le dharma, l’ordre éthique, conserve donc toute sa place. Une action peut être juste ou nuisible dans la réalité relative. La connaissance du Soi ne rend pas une tromperie moins trompeuse, ni une personne blessée moins digne d’attention.
Et les désirs ? Le Vedanta ne demande pas de ne plus jamais aimer un bon repas, une promenade ou une belle musique. Il invite à distinguer un désir que je peux examiner d’une dépendance qui décide à ma place.
Je peux souhaiter quelque chose, agir pour l’obtenir et reconnaître ses limites. Ou je peux être convaincu que, sans cet objet, cette reconnaissance ou cette relation, je ne suis rien. Le problème fondamental se situe dans cette dernière conclusion : demander à une expérience de me rendre complet.
C’est là que mon image de la bière et du Dom Perignon peut être utile, à condition de ne pas la prendre au pied de la lettre. Il ne s’agit pas de remplacer une expérience ordinaire par une expérience spirituelle plus luxueuse. Le « trésor » désigne la complétude du Soi, que l’enseignement révèle comme déjà présente.
Si je transforme cette complétude en un plaisir supérieur à obtenir, je continue exactement la même quête avec une étiquette plus chic. J’attends toujours de quelque chose qu’il règle enfin mon sentiment de manque.
Ishvara, l’intelligence et l’ordre du monde, n’est pas un distributeur qui répond à mes pensées pour me fournir les objets désirés. Je peux avoir une intention et agir, mais le résultat dépend de nombreux facteurs. Une coïncidence heureuse ne prouve pas que je commande cet ordre.
Le karma yoga consiste à agir avec discernement dans cet ordre et à accueillir les résultats sans exiger qu’ils correspondent à mes préférences. Il prépare l’esprit à l’étude. Il ne produit pas la libération : celle-ci relève de la connaissance du Soi.
La liberté ne consiste donc pas à exaucer tous mes désirs, ni à me battre pour les faire disparaître. Elle concerne la compréhension de ce que je suis et la fin de l’exigence qu’un objet me donne ma valeur fondamentale.
Tu peux apprécier les expériences de la vie sans leur demander l’impossible. Et tu peux étudier ce que tu es sans transformer le Vedanta en promesse d’une expérience encore meilleure.
Si tu souhaites approfondir ces questions dans un enseignement suivi, tu peux découvrir la Sangha.




