Quand j’étais gamine, j’adorais le jeu « Qui est-ce ? ». Une moustache, des lunettes, des cheveux bruns… Il fallait repérer ce qui distinguait un personnage des autres pour trouver le bon. Dans la vie, nous continuons souvent à jouer à ce jeu, avec des catégories un peu plus élaborées.
Ma langue, mon métier, mes opinions, ma famille, mes habitudes : tout cela permet de me situer. Puis, sans forcément m’en rendre compte, je transforme ces repères en frontières. Ceux qui me ressemblent sont « les miens ». Les autres deviennent une catégorie avant même d’être une personne.
Le Vedanta ne demande pas de faire semblant que ces différences ont disparu. Mon mari et moi ne parlons pas la même langue maternelle. Deux personnes peuvent avoir des besoins, des aptitudes ou des avis très différents. La connaissance du Soi ne nous transforme pas en photocopies spirituelles.
Elle remet en question une autre conclusion : « Ces différences définissent entièrement ce que je suis, et elles font de moi un être séparé, incomplet ou supérieur aux autres. » Le corps, l’histoire et les pensées sont connus. Le Vedanta révèle la nature de la conscience grâce à laquelle ils sont connus, et montre qu’elle n’est pas divisée par les particularités de chaque individu.
Cette compréhension se déploie méthodiquement à travers les textes et l’enseignement. Elle ne se réduit ni à un sentiment de connexion, ni à l’idée sympathique que nous sommes tous pareils.
Au niveau relatif, les différences restent pertinentes. Je ne demande pas à quelqu’un sans formation de réparer mon installation électrique sous prétexte que nous sommes tous la même conscience. Je peux aussi refuser une conduite nuisible, contester une idée et protéger une personne. Reconnaître la non-dualité ne supprime pas le discernement.
Le mot mithya, souvent traduit trop vite par « illusion », désigne une réalité dépendante. Le monde ne possède pas une existence indépendante de sa cause, mais il n’est pas pour autant inexistant. Une parole blessante, une responsabilité ou une injustice ont des conséquences dans la vie que nous partageons.
Ishvara, l’intelligence et l’ordre du monde, comprend cette diversité. Respecter cet ordre implique de tenir compte des personnes et des situations, plutôt que de plaquer partout une déclaration absolue.
Concrètement, tu peux observer le moment où une différence devient un jugement sur la valeur de quelqu’un. « Je ne suis pas d’accord avec lui » est une chose. « Il ne vaut rien » en est une autre. Ce petit déplacement mérite notre attention.
La fin de nos différences, dans le sens de cet article, n’est donc pas leur effacement. C’est la fin du pouvoir que nous leur donnons pour définir notre valeur fondamentale et justifier le mépris. Nous pouvons vivre la diversité sans en faire une séparation absolue.
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