Un membre de ma communauté m’avait posé cette question : « Est-ce que je dois encore me défendre, sachant que l’autre n’existe pas ? » Elle révèle une confusion importante : prendre un enseignement sur la non-dualité et l’utiliser pour annuler ce qui se passe dans la vie ordinaire.
La première chose à clarifier est simple : l’autre existe dans la réalité relative. Son corps, ses paroles et ses actes ont des conséquences, comme les tiens. Le Vedanta ne te demande pas de nier une agression pour prouver que tu as compris la conscience.
La non-dualité signifie que rien n’a une existence indépendante de la réalité fondamentale. Elle ne signifie pas que toutes les conduites se valent ni qu’une personne peut te faire du mal sans que tu réagisses. Une compréhension qui t’oblige à subir au nom de la spiritualité mérite d’être réexaminée.
Face à une attaque, tu peux te protéger, interrompre l’échange, poser une limite, t’éloigner ou demander de l’aide. La réponse dépend de la situation. Une remarque maladroite et une violence physique ne demandent évidemment pas les mêmes moyens.
Le dharma, l’ordre éthique qui guide l’action, invite à tenir compte du tort causé et des responsabilités de chacun. Éviter de nuire ne revient pas à laisser la nuisance continuer. Une limite ferme peut protéger plusieurs personnes, y compris celle qui s’apprête à poursuivre une conduite destructrice.
Il reste une distinction utile entre se protéger et chercher à se venger. Dans le premier cas, l’action vise à arrêter la nuisance. Dans le second, je veux faire souffrir l’autre pour compenser ma propre souffrance. Cette distinction aide à choisir une réponse plus juste, sans nous obliger à devenir parfaitement calmes avant d’agir.
La colère ou la peur peuvent être présentes. Les reconnaître ne veut pas dire leur confier toutes les décisions. Tu peux sentir ton cœur battre très fort et dire malgré tout : « Cette manière de me parler n’est pas acceptable. Je reprendrai cette conversation dans d’autres conditions. »
Le karma yoga donne aussi un repère : j’utilise les moyens dont je dispose, avec discernement, puis je reconnais que le résultat dépend de l’ordre d’Ishvara et de facteurs que je ne maîtrise pas. L’autre ne changera peut-être pas. Cette limite de mon contrôle ne supprime pas mon droit d’agir.
Après coup, l’enseignement peut m’aider à examiner ce que la situation a réveillé : une peur, une identification, un besoin de reconnaissance. Cet examen ne remplace pas la protection concrète et ne fait pas de moi le responsable des actes de l’autre.
Tu n’as donc pas à choisir entre étudier le Vedanta et te défendre. La connaissance du Soi et la responsabilité dans le monde relatif ont chacune leur place. Tu peux reconnaître ce qui est déjà libre en toi et prendre soin de la personne qui traverse cette situation.
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