La disparition de Rory MacKay m’a rappelé ce que nous recevons à travers une transmission. C’est grâce à lui et à son livre autobiographique « There’s a Light That Shines » que j’avais découvert James Swartz, son guru, devenu le mien par la suite.
J’appréciais chez Rory sa simplicité, son dévouement et sa manière de relier les enseignements à la vie quotidienne. Cet hommage garde pour moi le sens d’une gratitude envers quelqu’un qui a rendu le Vedanta accessible.
Je retiens notamment de ses satsangs l’importance accordée au désir de libération. La vie apporte des responsabilités, des joies, des difficultés et beaucoup de sollicitations. Au milieu de tout cela, il est utile de comprendre pourquoi nous étudions.
Dans la tradition, mumukshutva désigne le désir de libération. Ce désir devient plus clair lorsque l’on examine les limites de ce que les acquisitions peuvent apporter. Un succès ou une relation peuvent offrir une joie réelle ; ils ne garantissent pas une satisfaction définitive.
Il ne s’agit donc pas de dévaloriser ce qui est précieux dans la vie. Nous pouvons aimer, travailler, créer et prendre soin des autres. La question est de savoir si ces expériences peuvent, à elles seules, résoudre le sentiment fondamental d’être incomplet.
Moksha répond à cette recherche de liberté par la connaissance du Soi. Le Vedanta examine l’ignorance qui nous fait nous définir exclusivement comme un corps et un esprit limités. Il révèle une plénitude qui ne dépend pas de l’obtention d’un objet.
Cette perspective ne promet pas de supprimer toutes les douleurs du corps ni toute émotion difficile. La vie de la personne conserve ses réalités. La portée de l’enseignement concerne la compréhension de ce que nous sommes, et demande à être distinguée d’un idéal de bien-être permanent.
Comprendre ce but soutient la régularité. Il devient plus facile de réserver une place à l’écoute, de revenir sur une explication et de formuler un doute. La motivation n’a pas besoin de prendre la forme d’une urgence fébrile ou d’un rejet de ses obligations.
Le karma yoga accompagne cette préparation : agir avec discernement, apporter les moyens appropriés et reconnaître que les résultats s’inscrivent dans l’ordre d’Ishvara. L’étude et la vie quotidienne peuvent ainsi se soutenir sans être confondues.
La mort rappelle la valeur du temps disponible. Elle peut inviter à clarifier nos priorités, sans devenir un argument de pression. Chacun avance avec ses circonstances et les possibilités présentes.
En pensant à Rory, je garde surtout cette gratitude : des enseignants consacrent leur vie à rendre cette connaissance intelligible. Honorer ce don peut prendre une forme très simple, celle d’une étude attentive et d’une question sincère.
Si ce désir de libération trouve un écho en toi et que tu souhaites lui faire une place dans ta vie, tu es le bienvenu dans la Sangha.




