Une absorption méditative peut être profonde et marquante. Mais que permet-elle réellement de comprendre ? La distinction entre un état temporaire et la connaissance du Soi est essentielle pour ne pas transformer la quête de liberté en recherche permanente d’une expérience à retrouver.
Le repère central : un état de samadhi peut prendre fin ; la connaissance du Soi ne doit pas être confondue avec cet état. Les huit points ci-dessous sont accompagnés de précisions pour lever certaines ambiguïtés de la version française.
Le texte ci-dessous reprend la version française publiée sur ce blog d’un post Facebook de James Swartz. Les précisions de l’école qui suivent sont des ajouts éditoriaux distincts ; elles ne sont pas des citations de James.
Huit points proposés par James Swartz
1. Le Samadhi obtenu par la concentration et l’immobilisation de l’intellect peut mener à la Connaissance du Soi, mais il disparaîtra dès que l’absorption concentrée dans le silence prendra fin. On ne peut pas se concentrer sur une seule chose indéfiniment.
2. Toute connaissance, qu’elle soit matérielle ou spirituelle, se produit dans l’intellect. L’ignorance aussi. Il est essentiel de savoir distinguer la connaissance de l’ignorance. Si tu y parviens, tu es libre, car tu ne choisiras jamais l’ignorance qui engendre la souffrance, tandis que la connaissance du Soi produit la félicité.
3. La réalisation du Soi est la connaissance du Soi : comprendre que le « Je » toujours présent et toujours évident est la conscience non-duelle, et non une expérience mystique.
4. Les désirs ne sont pas intrinsèquement mauvais ; c’est leur diabolisation qui l’est. Le désir est essentiel à la quête de la connaissance du Soi et donc à la libération. Les désirs qui ne te poussent pas à transgresser le dharma sont acceptables. Rien ne se crée sans désir. Le mal – le tort que l’on s’inflige à soi-même et aux autres – est causé par l’immaturité, c’est-à-dire par l’ignorance du Soi ordinaire, non-né, entier et complet, empli de conscience que tu es.
5. L’illumination n’est pas une destination atteinte en suivant un chemin ; c’est la réappropriation de notre véritable nature, que l’on a rejetée par ignorance. Ce qui a été rejeté doit être récupéré par la connaissance, non par l’action. L’action renforce l’ignorance, elle ne l’élimine pas.
6. Rejeter la connaissance du Soi sous prétexte qu’elle est « purement intellectuelle » est une conclusion elle-même « purement intellectuelle », fondée sur l’idée erronée que la pensée et la conscience appartiennent à des ordres séparés au sein d’une seule et même réalité non-duelle. La vie est un tout, pas une opposition binaire.
7. Tout moyen de connaissance révélant que le « Je » toujours présent est entier et complet est le Vedanta. Le mot *Vedanta* signifie simplement « la connaissance qui met fin à la quête de nouvelles expériences et de nouveaux savoirs », ce qui n’implique pas que ces derniers soient indésirables ou dénués de plaisir.
8. Un enseignant qualifié du Vedanta peut transmettre directement ce message à un chercheur préparé, mais cela ne signifie pas que tous les enseignants du Vedanta sont qualifiés. Le Vedanta enseigne la liberté, pas le Vedanta.
James Swartz — publication Facebook, version française publiée sur ce blog.
Précisions de l’école
Au point 1, ce qui prend fin est l’absorption méditative. La formulation française peut laisser hésiter sur ce que désigne « il disparaîtra ». Un état obtenu par la concentration est temporaire. Une expérience de calme ou d’absence de pensées ne constitue pas, à elle seule, le moyen de connaissance qui dissipe l’ignorance du Soi. Elle peut favoriser la disponibilité pour l’enseignement.
La connaissance ne se choisit pas comme une humeur. Au point 2, distinguer connaissance et ignorance suppose de comprendre grâce à un moyen de connaissance approprié. Une pensée positive ou le souhait de ne plus souffrir ne remplace pas cette compréhension. La complétude du Soi ne signifie pas que le corps et l’esprit n’éprouveront plus jamais de douleur, de tristesse ou d’agitation.
Au point 5, il faut distinguer l’action préparatoire et le moyen de libération. L’action ne détruit pas directement l’ignorance du Soi. Elle peut cependant préparer l’esprit lorsqu’elle est accomplie dans une attitude de karma yoga, avec le respect du dharma et l’accueil des résultats dans l’ordre d’Ishvara. Les pratiques, la prière et la méditation peuvent aussi avoir leur place dans cette préparation. Elles ne sont donc pas à rejeter.
Au point 7, la formulation exprime la portée de l’enseignement, pas l’étymologie du mot. Vedanta signifie littéralement « fin des Vedas » et désigne notamment les Upanishads ainsi que l’enseignement qui en déploie le sens. Dans le cadre traditionnel de l’école, il s’agit d’un moyen de connaissance transmis selon une méthode éprouvée ; le terme ne désigne pas indistinctement tout message qui procure un sentiment de complétude.
Le désir et l’intellect gardent une fonction dans la vie humaine. La connaissance du Soi n’impose pas de supprimer toute préférence ou toute pensée. Le discernement porte notamment sur la dépendance aux désirs et sur les actes qui peuvent nuire. Le dharma conserve sa pertinence, y compris lorsque l’on comprend la non-dualité.
Ces distinctions permettent de donner à la méditation sa juste place, sans lui demander de produire ce que seul le moyen de connaissance peut révéler. Pour approfondir cette étude avec un enseignant, découvre la Sangha Vedanta.




