Il savait tout. Sauf qui il était.

Il savait tout. Sauf qui il était.

L’enseignement d’Uddalaka à Svetaketu dans la Chandogya Upanishad

Dans la Chandogya Upanishad, un jeune homme nommé Svetaketu rentre chez lui après douze années d’études.

Il est parti à l’âge de douze ans. Il en a maintenant vingt-quatre et il a étudié les Vedas auprès d’un enseignant. Autrement dit, il ne revient pas avec un petit certificat obtenu après trois week-ends de formation et deux méditations sur Zoom. Il a consacré la moitié de sa vie à étudier les textes sacrés.

Et il est très fier de lui.

La Chandogya Upanishad précise même qu’il revient « instruit, fier de son savoir et arrogant ».

Son père, Uddalaka, n’a visiblement pas besoin de beaucoup de temps pour constater le problème. Son fils a accumulé énormément de connaissances, mais cette accumulation lui est légèrement montée à la tête.

Il lui pose alors une question :

« As-tu demandé à ton enseignant cette connaissance par laquelle ce qui n’a pas été entendu devient connu, ce qui n’a pas été pensé devient connu et ce qui n’a pas été compris devient connu ? »

Svetaketu ne voit absolument pas de quoi il parle.

Il connaît les textes, les récitations, les rituels et probablement une quantité de choses qui impressionneraient beaucoup de monde lors d’un dîner mondain. Mais personne ne lui a enseigné ce qui permet de connaître l’essence de toutes choses.

Son père lui donne alors un exemple très simple.

Lorsque tu connais l’argile, tu connais en réalité tous les objets fabriqués à partir d’argile. Un pot, une cruche, une assiette ou une statuette ne sont jamais autre chose que de l’argile à laquelle on a donné une forme et un nom différents.

Les formes changent. Les noms changent. Mais la substance reste la même.

Svetaketu avait étudié les innombrables noms et formes qui composent le monde. Il savait beaucoup de choses sur les pots, les cruches et les assiettes, mais il n’avait pas reconnu l’argile.

Et surtout, il ne savait pas qui il était.

C’est assez fascinant parce que, presque trois mille ans plus tard, nous faisons exactement la même chose.

Nous pouvons apprendre des langues, obtenir des diplômes, mémoriser des textes, comprendre le fonctionnement du cerveau, connaître notre thème astral, notre profil psychologique, notre type d’attachement et probablement la position de Mercure le jour où notre mère a raté notre première purée.

Nous pouvons aussi accumuler quantité de connaissances spirituelles. Nous savons parler des chakras, du karma, de la non-dualité, de la conscience et de l’éveil. Nous avons lu cinquante livres, suivi vingt enseignants et sommes capables d’expliquer à notre belle-sœur que le monde est une illusion pendant qu’elle essaie simplement de servir les lasagnes.

Mais à la question la plus fondamentale — « Qui suis-je ? » — nous répondons encore par une liste de caractéristiques.

Je suis une femme. Je suis un homme. Je suis mère, thérapeute, hypersensible, spirituel, blessé, libre, anxieux, généreux ou Verseau ascendant quelque chose de très compliqué.

Toutes ces réponses peuvent décrire la personne. Aucune ne révèle le Soi.

Car tout ce que je peux observer change. Le corps change, les pensées changent, les émotions changent, les rôles changent, les opinions changent. Même la personnalité que nous croyons si solidement installée se modifie selon l’âge, les circonstances et le nombre d’heures de sommeil.

Pourtant, quelque chose connaît tous ces changements.

C’est vers cela que l’enseignement d’Uddalaka conduit progressivement Svetaketu. Derrière les noms et les formes se trouve une réalité unique qui ne dépend d’aucune forme particulière pour exister.

Et cette réalité, lui dit son père, n’est pas séparée de lui.

Tat tvam asi. Tu es Cela.

Uddalaka ne lui dit pas qu’il doit devenir Cela, atteindre Cela ou vivre une expérience extraordinaire pour fusionner avec Cela. Il lui révèle que ce qu’il cherche est déjà la vérité de qui il est, mais qu’il ne le reconnaît pas encore.

Voilà toute la différence entre l’accumulation d’informations et la connaissance du Soi.

L’information ajoute quelque chose à l’esprit. La connaissance du Soi corrige une erreur fondamentale : la conviction d’être un individu séparé, limité et incomplet.

Svetaketu avait la tête pleine, mais la question essentielle était restée intacte. Il savait énormément de choses, sauf celle qui aurait permis de remettre toutes les autres à leur juste place.

Le Vedanta ne te demande donc pas de renoncer à apprendre. Il te demande simplement de ne pas confondre le nombre de choses que tu connais avec la connaissance de celui qui les connaît.

Parce qu’on peut avoir une bibliothèque entière dans la tête… et toujours ignorer qui habite la maison.

Si tu veux aller au-delà des connaissances spirituelles accumulées et découvrir ce que le Vedanta révèle réellement à propos de toi, tu peux rejoindre la Sangha lorsque le moment sera juste pour toi.

https://vedantafrancais.com/sangha-vedanta/


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