Quand un être réalisé s’énerve

Quand un être réalisé s’énerve

J’ai vécu une petite semaine chez James et Sundari Swartz dans les Abruzzes. James est enseignant du Vedanta traditionnel depuis plus de 50 ans et mon guru. Sundari, sa femme, enseigne aussi depuis 15 ans. Dans le jargon, on pourrait dire que j’ai séjourné chez deux êtres réalisés.

Un soir, une panne d’électricité a plongé toute la propriété dans le noir. Le générateur s’est mis en marche et il a tourné toute la nuit. Le lendemain matin, nous étions encore sans courant. Sundari et moi avons commencé à chercher l’origine de la panne. Après quelques vérifications, quelques clés introuvables et un peu de réflexion, nous avons finalement découvert que le compteur général avait simplement disjoncté.

Le courant est revenu. Le générateur s’est arrêté. Et là, James, visiblement soulagé, m’a lancé en riant :

« I woke up very angry… I’ve been cursing Isvara all morning! » (traduction : « Je me suis réveillé en colère, j’ai juré contre Isvara toute la matinée ! »)

J’ai éclaté de rire. 

Pourquoi ? Parce que cette phrase démonte en une seconde l’image que beaucoup se font d’un être réalisé. Ils imaginent quelqu’un qui ne ressent plus jamais de colère, d’agacement ou de frustration. Ce n’est pourtant pas ce que montre la réalité.

Le personnage continue de fonctionner. Il peut être fatigué, contrarié et il peut même râler. La différence est ailleurs : une fois le problème résolu… c’est terminé ! Sundari et James sont repartis prendre tranquillement leur petit-déjeuner. Personne n’a continué à parler de cette panne pendant une heure ou transformé cet événement en drame.

Ce mécanisme, je l’observe depuis un moment chez moi et, parfois aussi, chez certains membres de ma sangha. Il est assez typique : une personne peut encore m’agacer, une contrariété peut surgir et, hop, une émotion apparaît. Comme je dis souvent : « La situation X appuie sur le bouton X et provoque l’émotion X ». Mais une fois la situation passée, elle repart. Point. 

Avant, mon mental ressemblait à une vieille poêle griffée : tout collait. Une contrariété du matin pouvait encore être présente le soir. Je ressassais, je reconstruisais l’histoire. J’avais presque besoin de rester fâchée. Puis un jour, la version anti-adhérente toute épreuve est enfin arrivée et… l’émotion fait son travail, et elle s’en va.

Ce n’est pas l’absence d’émotions qui est le signe de la libération (moksa). C’est leur absence d’adhérence. Et c’est une excellente nouvelle parce que cela signifie que le but n’est pas de devenir un être humain incapable de ressentir quoi que ce soit.

C’est là que le Vedanta prend tout son sens. Il nous démontre que le problème n’a jamais été les émotions, mais l’identification au personnage qui les traverse. Nous sommes une conscience intemporelle et complète, jamais touchée par ce que vit ou ressent notre personnage. 

Reconnaitre sa vraie nature, c’est cela la réalisation. Et elle remet enfin chaque chose à sa juste place dans le grand jeu de l’existence.

Si cette reconnaissance est importante pour toi, alors je t’invite à nous rejoindre dans la Sangha.

https://vedantafrancais.com/sangha-vedanta/

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